Écrans et yeux : ce qui fatigue vraiment… et ce qui relève du mythe
Ordinateur au travail, smartphone, tablette, télévision : nos yeux passent aujourd’hui plusieurs heures par jour devant des écrans. Picotements, sécheresse, vision floue ou maux de tête sont alors fréquemment attribués à la fameuse « lumière bleue ».
Mais est-elle vraiment responsable ? Les écrans abîment-ils nos yeux ? Et faut-il porter des lunettes spéciales pour se protéger ?
La réponse est plus nuancée que ne le laisse penser le marketing autour de la lumière bleue.
Oui, les écrans peuvent fatiguer les yeux
Après plusieurs heures devant un ordinateur, il est fréquent de ressentir une sensation de fatigue, de sécheresse, des picotements, voire une vision momentanément floue ou des maux de tête. On parle de fatigue visuelle numérique.
Mais l’écran lui-même n’est pas nécessairement le principal responsable.
Lorsque nous travaillons de près pendant longtemps, nos yeux maintiennent en permanence un effort de mise au point et de convergence. Surtout, face à un écran, nous avons tendance à moins cligner des yeux. Le film lacrymal se renouvelle moins bien et la surface de l’œil s’assèche davantage.
Une correction optique inadaptée, un astigmatisme non corrigé, une sécheresse oculaire préexistante, le port de lentilles ou encore une mauvaise ergonomie du poste de travail peuvent accentuer ces symptômes.
La lumière bleue des écrans abîme-t-elle la rétine ?
C'est probablement l'idée reçue la plus répandue.
La lumière bleue existe naturellement dans le spectre lumineux et nous y sommes quotidiennement exposés. Les écrans à LED en émettent également, mais à une intensité très faible par rapport à la lumière naturelle.
Les niveaux de lumière bleue émis par les smartphones, tablettes et ordinateurs usuels sont très inférieurs aux seuils connus de toxicité rétinienne. La Société Française d’Ophtalmologie rappelle notamment que l'exposition à la lumière bleue est de l'ordre de mille fois plus importante en lumière naturelle qu'avec les écrans usuels.
À ce jour, il n'existe donc pas de preuve clinique convaincante qu'une utilisation normale d'un ordinateur ou d'un smartphone provoque une lésion de la rétine ou une DMLA.
Cela ne signifie pas que toutes les expositions lumineuses sont sans conséquence : intensité, longueur d'onde et durée d'exposition sont déterminantes. Mais les résultats obtenus expérimentalement avec de fortes expositions ne doivent pas être directement transposés à l'utilisation quotidienne d'un écran.
Faut-il acheter des lunettes « anti-lumière bleue » ?
Pour lutter contre la fatigue visuelle, les données disponibles sont plutôt décevantes.
Une revue systématique Cochrane ayant analysé 17 essais randomisés et 619 participants conclut que les verres filtrant la lumière bleue pourraient n'apporter aucun bénéfice à court terme sur la fatigue visuelle par rapport à des verres classiques. Aucun bénéfice sur la santé de la macula n'a non plus été démontré dans ces essais.
Autrement dit : acheter un traitement anti-lumière bleue pour protéger sa rétine ou éviter la fatigue devant l'ordinateur n'est pas aujourd'hui étayé par des preuves solides.
Une bonne correction optique et une bonne ergonomie sont généralement beaucoup plus importantes.
En revanche, le soir, la lumière compte
Il ne faut pas pour autant conclure que la lumière des écrans n'a aucun effet biologique.
La lumière participe au réglage de notre horloge interne. Une exposition lumineuse importante en soirée, notamment à une lumière enrichie en bleu, peut retarder l'endormissement et perturber le rythme veille-sommeil. L'Anses souligne particulièrement cette question chez les enfants et les adolescents.
La bonne stratégie n'est donc pas nécessairement de porter des lunettes filtrantes toute la journée, mais plutôt de réduire l'intensité lumineuse et l'utilisation des écrans à l'approche du coucher, particulièrement chez les plus jeunes.
Alors, comment soulager ses yeux devant un écran ?
Quelques mesures simples sont souvent plus efficaces qu'un filtre bleu :
- faire régulièrement des pauses et regarder au loin ;
- penser à cligner des yeux ;
- placer l'écran à une distance confortable et légèrement sous le niveau des yeux ;
- éviter les reflets et adapter luminosité et contraste à l'environnement ;
- travailler dans une pièce correctement éclairée ;
- corriger une éventuelle sécheresse oculaire ou un défaut visuel.
Chez l'enfant, les pauses et la limitation du temps d'écran sont particulièrement importantes. L'Assurance Maladie recommande également un bon éclairage pendant le travail scolaire.
À retenir
Les écrans peuvent fatiguer les yeux, mais ils ne semblent pas « brûler » ou détériorer la rétine dans les conditions habituelles d'utilisation.
La fatigue visuelle vient surtout du travail prolongé de près, de la diminution du clignement, de la sécheresse oculaire et parfois d'une correction visuelle imparfaite.
Quant aux lunettes anti-lumière bleue, leur efficacité contre la fatigue numérique n'est pas démontrée à ce jour.
Avant d'investir dans un filtre, commencez donc par ce qui fonctionne le mieux : des pauses, une bonne ergonomie, un éclairage adapté et une correction visuelle appropriée.
En cas de fatigue persistante, de vision floue, de maux de tête répétés ou d'inconfort malgré ces mesures, un bilan visuel peut permettre d'en rechercher la cause.
Sources principales : revue systématique Cochrane sur les verres filtrant la lumière bleue, Société Française d’Ophtalmologie, Assurance Maladie – santé visuelle de l’enfant et Anses – effets des LED et de la lumière bleueÉcrivez votre article ici...



